Accueil Tous les Dossiers Toutes les Fiches Tous les Tests
---Accès direct---
Accueil > Bien vieillir > Bien vieillir : la préparation à la retraite
Bien vieillir

La préparation à la retraite

Un entretien de malakoff médéric avec le psychologue Philippe Hofman

Interview PH 1





Attendue, espérée, redoutée, la retraite constitue une rupture à laquelle il faut se préparer. C'est le conseil du psychologue Philippe Hofman, consultant dans les centres de prévention de malakoff médéric et auteur du livre Une nouvelle vie pour les seniors (Albin Michel).

malakoff médéric. Préparer sa retraite, mais surtout se préparer à la retraite : en quoi est-ce important ?

Philippe Hofman.  A partir du moment où on ne se repose plus sur toutes sortes de guides, il va falloir se guider soi-même. Pour beaucoup de gens c’est vertigineux ; que faire de cette nouvelle vie devant soi ? Il convient d’envisager des éventualités variées sans se précipiter, sans s’alarmer ni fuir dans l’activisme.

mm. C’est une question d’organisation ?

P.H.  Bien que l’on pourrait se croire libre et sans contrainte, il n’en est rien. Si on n’envisage pas un minimum d’organisation, nos proches y penseront sans aucun doute pour nous. Il est donc important de penser par soi-même à ce qu’on va faire de sa vie, et ne pas être instrumentalisé par la pensée et par les choix des autres : pour les proches en particulier on va pouvoir s’occuper à restaurer la maison, à chercher les petits enfants à la sortie de l’école, etc. Parfois pour éviter d’être face à soi même on se réfugie dans la demande des autres.
Donc on est obligé de s’organiser un minimum, au moins pour apprendre à se faire plaisir, ce qui n’est pas si facile. Quand on a toujours vécu dans le stress, dans l’obligation et dans le faire, apprendre à ne rien faire, à penser à soi, à vivre de façon un peu ouverte est parfois difficile et demande un apprentissage : il faut du temps.

mm. Le risque c’est l’aliénation ?

P.H.  Tout à fait. C’est un risque naturel car c’est la solution la plus facile : en se réfugiant dans le désir des autres on ne s’affronte pas à la perte, on est toujours dans l’obligation de « faire comme » : donc il n’y a pas de rupture. Lors des sessions de préparation à la retraite, on oblige les participants à penser à la rupture et à ce qu’il vont en faire. Cela permet d’éviter de se mettre tout de suite la tête dans le guidon, ou de se lancer dans des aventures qui peuvent évoluer dangereusement. Par exemple en renouant des liens très serrés avec nos enfants, nos vieux parents ; mais si les parents vieillissent mal, si des enfants divorcent, ces liens vont se retourner contre nous, nos enfants vont nous le reprocher etc.

mm. Y a-t-il des étapes signifIcatives au cours de la retraite ?

P.H.  Les repères tiennent pour beaucoup à la représentation du vieillissement ; de nos jours c’est à partir de 75 ans qu’on se perçoit dans la dernière ligne droite. Des soucis particuliers de santé peuvent apparaître. Mais les jeunes retraités d’aujourd’hui auront ce même sentiment cinq ans plus tard vers 80 ans. Quand je demande dans une journée de préparation qui a encore ses parents en vie, quasiment tout le monde lève la main ! Il y a 10 ans seulement, c’était deux ou trois personnes. Dans la période charnière 60-75 ans on est encore les enfants de X  les neveux de Y, donc on n’est pas encore vraiment vieux : une strate supplémentaire de génération nous protège encore.

mm. Et cette 2ème étape du vieillissement, se prépare-t-elle ?

Interview PH 2P.H.  Elle se prépare essentiellement en résistant à l’urgence. Il faut être prudent avec l’urgence existentielle, surtout celle des autres : une crise d’un proche, qui va percuter le senior et va l’obliger à inventer une réactivité et une réponse adaptée. Urgence classique : un parent âgé devient veuf, dépressif, il demande de l’aide et du soutien, mais comme il a vécu toute sa vie autonome, il ne veut pas qu’on prenne de décision pour lui ni qu’on l’aide trop et finalement il insécurise tout le monde... Les enfants –souvent une des filles- foncent, mais cette utilité dans l’urgence peut prendre des années ! Une fois le système d’aide installé, la personne en détresse se raccroche à ce soutien et ne le lâchera pas : les autres frères et soeurs de leur côté seront ravis que quelqu’un se charge du vieux parent et ils vont laisser faire ; mais en même temps ils vont se culpabiliser. Donc ils en voudront à celui qui s’occupe trop du vieux parent en disant au moment de la succession « qu’as-tu fait avec le chéquier ?...». ll faut expliquer les paradoxes de l’aide qu’on apporte à nos proches et qui fait qu’on confond trop souvent urgence et quotidien.

Ce mécanisme est encore plus fort vis-à-vis des enfants, car les rapports des seniors avec leurs propres parents sont moins marqués d’interdépendance que ceux qu’ils ont avec leurs enfants. La majorité des enfants entre 25 et 30 ans trouvent parfaitement naturel que leurs parents les aident quand ils sont en détresse, alors que ces mêmes seniors souhaitaient à 25 ans surtout se débrouiller par eux-mêmes. Cependant l’aide naturelle apportée par amour par les parents à leurs enfants en situation de crise - divorce, chômage…-, prend parfois des proportions qui font que la vie ne fonctionne plus que dans le sens de l’urgence pour les proches.

mm. Quel conseil leur donner ?

P.H.  Il faut garder un peu de quant à soi sans être égoïste : aider les proches au mieux mais ne pas avoir cette croyance que tout peut se résoudre grâce à la seule bonne volonté personnelle, une sorte de toute puissance du senior. Un peu d’humilité et la conscience qu’on a soi-même besoin d’aide conduit à recourir aux autres : frères et soeurs, voisinage voire services sociaux ou  psychologue. Ne pas tout prendre en charge en croyant qu’on peut tout régler seul.

mm. On a pu préparer sa retraite et pourtant elle ne se déroule pas comme prévu : y a-t-il des « indicateurs » auxquels vous conseillez d’être vigilants ?

P.H.  Les indicateurs existent. Quand on part à la retraite il faut savoir ce qu’on veut faire. Se préparer cela signifie se donner un cadre. Il arrive que les enfants enjoignent leurs parents jeunes retraités à voyager et leur rappellent également qu’ils n’oublient pas d’aller chercher les petits au judo le mercredi ! Ils tiennent en fait un double discours qui peut devenir un piège  pour le senior : « Vis ta vie éclate toi mais reste à notre disposition ! » Quand on arrive dès le début de la retraite à définir un cadre signalant ses possibilités de présence et de service hebdomadaires, les choses sont d’emblée beaucoup plus claires.  Il est ainsi préférable d’avoir en garde épisodique les petits enfants plutôt que de les assumer en permanence.
Un des signaux alarmants serait de constater que par rapport aux projets de « retraite plaisir » on rogne toujours par l’effet des contingences. Il serait alors utile de faire une sorte de bilan d’activité, en couple ou bien seul. Au moins une fois par an, réfléchir à nos désirs, nos désillusions, ce qui a marché, ce qui a été délicieux, les contingences ou les urgences qui nous ont contrarié voire envahi… En somme, à tout ce que l’on continuera ou pas. Les rêves que l’on espérait collent-ils vraiment à la réalité ? Personne ne fait ce bilan  parce que ça ressemble trop à l’organisation du travail et pourtant c’est absolument nécessaire.

mm. Et la mémoire, quelle est sa place dans la préparation au bien vieillir ?

P.H.  Tout le monde s’en soucie bien sûr, car en vieillissant la mémoire est moins bonne. Mais il faut la faire fonctionner. Plus on s’en sert, mieux ça marche, c’est comme faire l’amour. Il suffit de s’intéresser aux choses, mais à la différence de ce qui est proposé aujourd’hui, le conseil que je donne c’est qu’il faut ne pas trop zapper. Il vaut mieux devenir un spécialiste des sujets qui nous intéressent. L’avantage de la retraite c’est ça : pouvoir creuser la piste, rencontrer d’autres spécialistes, s’alimenter intérieurement pour enrichir sa pensée. C’est plus efficace que d’apprendre des pages de dictionnaire. Ce n’est pas une démarche réservée aux intellectuels pour qui le risque est aussi d’être piégés par leur intellect en se coupant du monde : il est intéressant de lire pour se cultiver mais c’est encore mieux de partager ses savoirs.

mm. Finalement, y a-t-il une condition essentielle pour bien vieillir ?

P.H.  Penser à soi et aux autres. Avoir des projets et des désirs, même un peu fous. Pour les couples il s’agit de se rééquilibrer ; communiquer et tenter de se retrouver à deux sans se coller. Pour soi-même, il convient de surveiller sa santé, de ne pas s’enfermer, d’instaurer des règles d’hygiène de vie relativement régulières, même si c’est difficile. Enfin ne pas oublier les liens sociaux et familiaux, aussi vitaux que les soins corporels, sans être toutefois corvéable et victime de ces liens.
Propos recueillis par Eric Barde, malakoff médéric.
Dernière modification : juillet 2008